L’appel du large

Photography by Justin Dodd

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

 

One thought on “L’appel du large”

  1. C’est un très beau poème mais le voyage peut s’entrevoir autrement. C’est aussi une façon de voir le monde qui nous entoure et une façon de se considérer en chemin ou non. Oui ne plus être en route, ne plus se dire “allons” c’est l’horreur et l’ennui mais ça ne passe pas forcément par un déplacement constant. Cela me fait penser à “ode maritime” de Fernando Pesoa. Il n’a jamais quitté la terre mais ne cesse, par l’écriture, de quitter le port et de parcourir le monde.

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